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KINCARDINE – Jennifer et Mathias Seilern, deux agriculteurs qui travaillent en biodynamie, pourraient probablement écrire un livre sur les vertus du bon voisinage.

« Notre plan de relève est plutôt inhabituel pour le milieu agricole, affirme Jennifer. Je connaissais déjà quelques agriculteurs dans la région. L’un d’entre eux souhaitait prendre sa retraite, mais n’avait personne pour reprendre sa ferme. Un voisin nous a donc mis en contact et nous avons commencé à travailler sur son exploitation.

Il a ainsi pu prendre progressivement sa retraite selon le rythme qui lui convenait. Nous avons travaillé et cultivé les champs ensemble pendant environ un an. Il écoulait son stock de nourriture pour animaux alors que nous ensemencions nos cultures pour l’année suivante. Tout a très bien fonctionné et notre arrangement lui a beaucoup plu.

Lui et son épouse vivaient en dehors de la ferme et avaient donc la possibilité d’aller en Floride, de visiter leurs enfants et de profiter de la vie. Il avait aussi toujours accès à l’atelier, au cas où il aurait souhaité réparer son camion ou autre chose. »

Mathias n’a pas grandi dans une famille d’agriculteurs. Jennifer, quant à elle, a grandi sur la ferme laitière familiale à Schomberg, entre Orangeville et Newmarket, en Ontario. Ses parents y font toujours la traite de 45 vaches.

« J’apportais mon aide sur la ferme, mais au début, je ne souhaitais pas vraiment me consacrer à l’agriculture, confie Jennifer. J’ai fait mes études en développement international à l’Université de Guelph avec une majeure en sciences agricoles. Ce n’est qu’après le premier semestre que j’ai recommencé à m’intéresser à l’agriculture. J’ai souvent vécu en dehors de la ferme familiale quand j’étais plus jeune, lors d’échanges étudiants par exemple. Mais à l’université, c’était complètement différent.

La ferme familiale a vraiment commencé à me manquer. Il y a de nombreuses installations agricoles à l’Université de Guelph, et je me promenais régulièrement dans l’étable pour me rappeler la maison. Avant même de m’en rendre compte, j’étais à nouveau amoureuse de l’agriculture. »

Réussir grâce à l’aide de mentors

Mathias, jeune trentenaire, a grandi avec sa famille sur une ferme louée de Richmond Hill, en Ontario. Ses parents n’étaient pas agriculteurs : un employé, qui vivait avec eux, travaillait la terre. Mathias apportait souvent son aide aux agriculteurs des environs, ce qui l’a amené à développer un certain intérêt pour l’agriculture. Il n’avait toutefois pas l’intention d’en faire son métier. Son père était ingénieur, et lui avait décidé de faire des études pour devenir mécanicien.

« Il est mécanicien certifié et son expertise est d’une grande valeur pour la ferme, dit Jennifer. Ses aptitudes mécaniques nous permettent de réduire les dépenses en réparant de vieilles pièces et en les utilisant beaucoup plus longtemps que la moyenne des gens. Cela fait une bonne différence quand vient le temps de faire le budget. »

Grâce à leurs aimables voisins, Jennifer et Mathias sont entrés en contact avec les frères Uli et Martin Hack, des amis de longue date de Mathias qui sont aussi devenus leurs mentors.
« Ils nous ont appris tellement de choses sur l’agriculture biodynamique! dit Jennifer. Avec leurs 30 années d’expérience, ils ont une expertise concrète qu’on ne peut pas retrouver dans les livres. Nous pouvons aussi louer ou emprunter leur équipement. C’est une relation extraordinaire. »
Le programme FarmStart est également un outil très important que les deux jeunes agriculteurs ont utilisé tout au long de leur carrière.
« J’ai suivi plusieurs cours dans le cadre du programme pour obtenir un peu plus d’expérience concrète, dit Jennifer. C’est le genre de choses dont je ne pouvais pas vraiment bénéficier à l’université. Cela m’a aussi donné l’occasion de rencontrer d’autres jeunes agriculteurs, des gens avec lesquels je pouvais discuter, partager mes projets et mes opinions. C’était une vraie communauté. »

Le développement holistique

« L’isolement peut constituer un défi de taille pour les jeunes agriculteurs et puisque la majorité de la communauté agricole est vieillissante, c’est agréable de trouver d’autres personnes comme nous avec lesquelles nous pouvons réfléchir et échanger. »

Mais, au fait, qu’est-ce que l’agriculture biodynamique?

L’agriculture biodynamique est un type d’agriculture biologique qui s’articule autour du développement holistique et de l’interdépendance du sol, des plantes et des animaux comme système autosuffisant. Aucun agent chimique n’est utilisé; la fertilisation se fait seulement au moyen de fumier et de compost.
« Nous faisons la culture du grain et un peu d’élevage bovin, explique Jennifer. Nous faisons de la culture commerciale biologique sur 262 acres, dont 130 sont en transition vers l’agriculture biodynamique. Nous possédons aussi 55 têtes de bétail. C’est un système holistique, avec rotation des cultures.

Cela va au-delà de l’agriculture biologique. Ce système nous oblige à faire un pas de plus et à intégrer les animaux dans le système de production afin de permettre au cycle de se perpétuer. Pour le moment, nous louons toujours les installations. Mais comme le propriétaire est à la retraite, nous espérons pouvoir un jour acquérir la propriété.

L’idée est de commencer comme nous le faisons maintenant pour ne pas avoir à assumer le fardeau d’une hypothèque. Mais une fois que nous serons bien établis, nous espérons pouvoir devenir propriétaires. Nous sommes tous deux membres de la National Farmers Union et utilisons Internet pour une multitude de choses, comme pour nos déclarations d’impôt. »

Jennifer, qui aura bientôt 30 ans, travaille encore parfois à l’extérieur de la ferme, le plus souvent dans le cadre de contrats de deux mois pour l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Son objectif est toutefois de pouvoir faire de l’agriculture à temps plein d’ici trois ou cinq ans.
Mais l’agriculture est-elle un choix viable pour les jeunes ou pour les gens qui souhaitent changer de carrière?

Un travail gratifiant

« Oui, affirme Jennifer, mais ce n’est pas facile. On doit réfléchir à la façon dont on peut générer des revenus à partir du capital auquel on a accès au départ, ce qui, bien souvent, ne représente pas grand-chose. Nous avons une bonne envergure pour une petite exploitation agricole et grâce à nos cultures spéciales, nous pouvons générer plus de profits qu’une exploitation de grande envergure qui fait de la culture commerciale.

Nous croyons que le marketing direct et la production de cultures spéciales sont une bonne façon de réaliser des profits. Nous aimons le travail et le style de vie agricoles, c’est pourquoi nous souhaitions devenir agriculteurs. Nous sommes conscients qu’il s’agit d’une entreprise, mais cela mis à part, le mode de vie est incomparable. Cependant, bien que l’agriculture ait répondu à nos attentes, elle demeure difficile, beaucoup plus difficile que vous ne pourriez l’imaginer.

Elle demande beaucoup d’énergie, mais lorsque vous récoltez le fruit de vos efforts, c’est très gratifiant. »