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« Si on passait tout notre temps à écrire, on aurait pas le temps de s’occuper d’agriculture. »

Voilà le commentaire de l’un des 500 agriculteurs ontariens à qui on a demandé récemment s’ils avaient ou non un plan d’affaires écrit et dans la négative, d’indiquer pourquoi. Dans le cadre du sondage commandé l’année dernière par l’Institut de la gestion agricole, 78 p. 100 des agriculteurs ont mentionné ne pas avoir de plan écrit. La principale raison évoquée était, de loin, « aucun besoin ou intérêt ».

Heather et Greg Broughton ont vécu les deux situations. Pendant près de vingt ans, ils ont exploité leur ferme sans plan d’affaires écrit. Aujourd’hui, ils ne peuvent imaginer ne pas en avoir un.

« Jusqu’à ce que vous en prépariez un, vous n’en comprenez pas la valeur, explique Heather Broughton. J’ai l’impression d’avoir une meilleure maîtrise de la direction que nous prenons. Nous avons exploité notre ferme sans avoir de plan et nous faisions du bon travail. Mais maintenant, je me sens beaucoup plus sûre des décisions que nous prenons parce que nous avons un plan et un moyen de suivre notre évolution de A à B. »

Heather et son conjoint Greg, aidés de Charlie (le frère de Greg) et de sa conjointe Rhonda, cultivent 4 500 acres près de Donalda, en Alberta. Heather et Greg sont également propriétaires d’une entreprise de camionnage et possédaient – avant de dresser leur plan d’affaires – un troupeau de 70 vaches de boucherie.

« Nous avons beaucoup appris du père de Greg », raconte Heather, qui s’est jointe à l’exploitation en 1985. « Il n’avait pas de plan d’affaires, mais tout était bien planifié dans sa tête. C’était aussi notre cas jusqu’au jour où nous nous sommes inscrits au programme. »

Il s’agit du programme canadien d’excellence totale en gestion agricole (CTEAM – Canadian Total Excellence In Agricultural Management), offert par le George Morris Centre et composé de quatre modules de quatre jours et demi étalés sur deux hivers et tenus à différents endroits du pays. Heather s’est inscrite en 2004 et malgré les coûts élevés (5 500 $ à l’époque), elle avait la nette impression que l’investissement allait en valoir la peine. Cette impression était en partie liée au fait qu’elle tenait la comptabilité de la ferme, avait suivi quelques cours de comptabilité et était intriguée par la planification d’entreprise. Il y avait aussi un autre facteur.

« À l’époque, nous étions en train d’examiner notre ferme et nous commencions à nous poser des questions. Continuons-nous de faire ce que nous faisons? Que devrions-nous faire avec l’entreprise de camionnage? Pouvons-nous conserver toutes ces activités? »

Greg a commencé avec quelques quarts de section et quelques vaches. Il aimait élever des bovins et était prêt à continuer malgré la chute des prix des bovins provoquée par la crise de l’ESB. Puis il a démarré une petite entreprise de camionnage pour le transport des céréales et des engrais, et malgré le fait que Heather s’occupait en grande partie de nourrir les animaux, la tâche devenait trop lourde.

Le programme CTEAM a permis à Heather de mettre cet aspect en évidence. Après avoir participé seule au premier module, elle s’est dit qu’il serait préférable que Greg soit aussi de la partie. Le couple s’est donc inscrit au module suivant qui portait sur ce qu’on appelle l’analyse FFPM (forces, faiblesses, possibilités et menaces), et c’est à ce moment qu’une petite lumière s’est mise à clignoter.

« En faisant l’analyse FFPM, nous nous sommes rendu compte que l’une des faiblesses évidentes était le temps, dit-elle. Nous tentions de mener de front trois activités – la culture des céréales, l’élevage de bovins et l’entreprise de camionnage. Le fait de manquer de temps pour accomplir du mieux possible chacune de ces activités était une faiblesse et peut-être même une menace. »

Après s’être rendus à l’évidence, ils ont « commencé à voir les choses autrement », raconte Heather.

« Vous commencez en vous disant : Nous nous étendons peut-être trop. Ensuite vous examinez les chiffres et vous vous posez les questions suivantes : Sommes-nous aussi rentables que nous devrions l’être? Est-ce que nous nous nuisons en n’ayant pas les économies d’échelle que nous pourrions avoir si nous étions plus concentrés? C’est à ce moment que nous avons décidé d’abandonner l’élevage des bovins. D’après notre plan, il était clair que cette activité n’avait pas sa place et qu’il était possible d’améliorer la situation en faisant autre chose. »

Après avoir passé 19 ans sans plan formel, les Broughton sont devenus des mordus de planification. Ils se sont inscrits à un autre programme de renommée internationale, à savoir le programme de gestion pour producteurs agricoles (TEPAP – The Executive Program for Agricultural Producers) offert par l’Université Texas A&M. Heather est maintenant instructrice du Executive Development Program (programme jumeau de CTEAM conçu à l’intention des cadres du secteur agroalimentaire) ainsi que présidente du Agriculture & Food Council of Alberta (Conseil de l’agriculture et de l’alimentation), qui promeut l’expansion des entreprises du secteur agroalimentaire dans cette province.

Elle ajoute de façon catégorique que « leur ferme ressemblait à n’importe quelle autre ferme ».

« Nous avons simplement tiré profit de l’occasion de suivre ces cours », précise-t-elle.

« Je sais qu’avoir un plan en tête fonctionne très bien pour certaines personnes. Mais le fait de mettre votre plan sur papier, vous responsabilise. Il vous force à réfléchir à votre ferme. Il vous force à vous demander pourquoi vous investissez tous ces efforts et ce que vous souhaitez accomplir à long terme. »

Les participants du programme CTEAM sont tenus de dresser un plan d’affaires en bonne et due forme comprenant une vision, un énoncé de mission, des intentions stratégiques, une analyse du risque, des mesures du rendement et, dans le cas des Broughton, des sections particulières sur la production, la commercialisation, la gestion des ressources humaines et la relève.

Heather fait observer qu’en plus de l’exercice en soi, le fait de préparer le plan d’affaires en présence d’autres agriculteurs peut aussi être inspirant.

« C’est fascinant de regarder les gens lorsqu’ils découvrent une solution, trouvent leur voie, se fixent des objectifs et se disent : ‘Bon, comment allons-nous faire pour y parvenir?, dit-elle. Ils comprennent tout à coup le pouvoir de mettre sur papier où ils se trouvent maintenant et où ils souhaitent être plus tard, et d’avoir un plan pour y parvenir. »

Il n’est pas étonnant que les participants aient tendance à garder contact et qu’on organise régulièrement des réunions d’anciens participants. À la première réunion, les participants, qui sont supposés avoir révisé et mis à jour leur plan d’affaires, présentent un compte rendu de leur situation.

Cette exigence permet de constater que même ceux qui croient fermement au plan d’affaires découvrent, comme le dit Heather, « qu’il est très facile d’y déroger. »

Bien que les Broughton aient vendu leur troupeau de bovins en 2006, la vie demeure trépidante et ce n’est pas facile de trouver du temps pour prendre du recul et examiner la situation dans son ensemble.

« Nous essayons de réviser notre plan d’affaires une fois par année, explique Heather. Mais honnêtement, nous devrions revoir nos forces, nos faiblesses et nos stratégies plus souvent que nous ne le faisons. Je dois plaider coupable parfois. Vous devez vraiment faire un effort pour les conserver à jour. »

C’est souvent ce qui se produit lorsque vous exploitez une ferme, dit-elle en ajoutant que la crainte de devoir passer beaucoup de temps dans un bureau est probablement le principal obstacle que doivent surmonter les agriculteurs qui ont songé à dresser un plan d’affaires, mais qui ne l’ont pas encore fait.

« Je ne voudrais pas les gens croient qu’ils doivent établir un plan d’affaires seulement lorsqu’ils projettent d’apporter des changements ou de prendre de l’expansion », dit-elle.

« Ce n’est pas le cas. Que vous envisagiez d’apporter des changements ou non, le plan d’affaires vous procure une vision et une orientation. Même si vous décidez de ne rien changer, il permet de trouver des moyens de vous améliorer. »

Leur plan d’affaires les avait aussi sensibilisés à l’analyse financière annuelle. Une fois que le comptable a effectué les ajustements de fin d’année pour produire les états financiers selon la méthode de comptabilité d’exercice, Heather, qui est la gestionnaire de l’entreprise, utilise divers ratios financiers pour faire l’analyse du rendement. Ces ratios comprennent la marge bénéficiaire brute (bénéfice brut/ventes), BAIIA (bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements)/ventes; et le ratio de rotation de l’actif (ventes/actif total).

Heather croit que de plus en plus d’agriculteurs se doteront d’un plan d’affaires écrit et qu’à ce moment ils comprendront le « pouvoir de mettre sur papier où ils se trouvent maintenant et où ils souhaitent être plus tard, et d’avoir un plan pour y parvenir. »

Elle s’empresse toutefois d’ajouter que cela ne signifie pas qu’ils doivent emprunter la même voie qu’elle et son conjoint.

« Chacun est différent et aborde les choses d’une façon différente. Dans notre cas, s’inscrire au programme a joué un rôle vital. Mais si vous souhaitez télécharger un modèle de 15 à 20 pages offert dans Internet, vous pouvez le faire. Un plan d’affaires, c’est très personnel; c’est utiliser ce que vous avez et le faire fructifier. »

De nombreux outils, programmes et cours sur la planification d’entreprise sont conçus spécialement à l’intention des agriculteurs. Dans le cadre de Cultivons l’avenir, les provinces et les territoires offrent divers programmes axés sur le développement des entreprises. Pour en savoir plus, visitez la section Programmes et services du site agr.gc.ca ou communiquez avec le ministère de l’Agriculture de votre province ou de votre territoire.

Gestion agricole du Canada offre une ressource intitulée La planification d’entreprise agricole : la comprendre, la préparer et l’utiliser. Cette ressource est accompagnée d’un CD qui comprend des exemples de plan d’affaires ainsi qu’un modèle. Vous pouvez vous la procurer au coût de 29 $CAN à la section Ressources et Publications du site fmc-gac.com.

Pour obtenir de l’information sur le programme CTEAM, visitez la section « Education » du site georgemorris.org (en anglais seulement), et sur le programme TEPAP, visitez le site tepap.tamu.edu (en anglais seulement).