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Hooray!

Vous ne trouverez pas un amateur de camerise plus enthousiaste que Curtis Braaten.

Le producteur de la Saskatchewan a découvert ce petit fruit lorsqu’il a participé au programme d’amélioration génétique des fruits de l’Université de la Saskatchewan. Il a d’ailleurs été le premier à cultiver ce petit fruit après la commercialisation des premiers cultivars mis au point par le sélectionneur de végétaux Bob Bors en 2007.

« Attendez que les gens aient l’occasion d’y goûter », explique le copropriétaire d’Haskap Central (haskapcentral.com), située à Henribourg, au nord de Prince Albert. Regardez bien ça, ce sera Bye-bye les bleuets. »

M. Braaten admet toutefois que ce n’est pas pour bientôt.

« Rien ne ralentira la progression, si ce n’est la disponibilité, mais il faudra du temps », dit-il.

Bob Bors a donné le nom japonais « haskap » aux cultivars hybrides qui combinent le goût supérieur des variétés japonaises et la rusticité des variétés russes (connues sous le nom de chèvrefeuille bleu ou de camerise). Après avoir goûté aux résultats, M. Braaten a décidé de se lancer dans cette production.

« Dès 2006-2007, je savais que cette culture allait prendre beaucoup d’importance, explique M. Braaten. Chaque année, j’en suis de plus en plus convaincu parce que chaque année, nous vendons toute notre production. »

En fait, une entreprise de fabrication de jus a passé une commande permanente de 60 000 livres (environ 27 000 kilogrammes) par mois auprès d’Haskap Canada, l’association nationale des producteurs de camerise. À elle seule, cette commande mobiliserait probablement une grande partie de la production actuelle. Selon M. Braaten, environ 300 acres seulement sont consacrés à la culture commerciale de la camerise en Amérique du Nord. Même s’il s’agit d’une hausse de 50 % par rapport à l’année dernière, il faudra que cette croissance exponentielle se poursuive sur de nombreuses années avant que la production soit suffisamment abondante pour tenter un gros transformateur ou une grande chaîne de restaurant de mettre au point des produits à base de camerise.

« Nous avons énormément de chemin à parcourir », raconte l’homme âgé de 48 ans qui, avec son partenaire d’affaires Carl Barber, possède un verger d’une superficie de 15 acres. J’aurai pris ma retraite bien avant que McDonald ne fasse passer des messages publicitaires de coupes glacées à la camerise. Ce sera dans des décennies d’ici. »

Ce n’est qu’un point parmi tant d’autres. Par exemple, le livre sur la culture de la camerise est toujours en cours de rédaction. La plupart des producteurs actuels, y compris M. Braaten, sont des producteurs biologiques, ce qui signifie qu’ils doivent surmonter des obstacles habituels comme la lutte contre les mauvaises herbes et la fertilité. Les organismes nuisibles et les maladies n’ont pas constitué un problème majeur jusqu’à présent, mais pourraient le devenir lorsqu’ils trouveront cette culture compte tenu de l’augmentation des superficies. Certains producteurs utilisent des herbicides et des engrais chimiques, mais ils feront face à un marché où les produits biologiques obtiennent les prix les plus élevés.

Un autre point est le fait que les cultivars actuels produisent des fruits en juin, ce qui signifie que la saison des produits frais est très courte. Des variétés qui produiraient des fruits en juillet et en août sont en cours de développement. Il y aura sans aucun doute de nouvelles variétés qui auront des attributs supérieurs en ce qui concerne, entre autres, la productivité et la vigueur des plants et le goût des fruits. Ce qui nous amène à un autre point : quiconque possède actuellement plusieurs acres cultivés en camerise pourrait se retrouver avec un verger moins productif plus tard.

L’élément le plus important, ce sont les coûts. Si vous tenez compte de l’achat des plants, des filets de protection contre les oiseaux et d’autres frais d’établissement, une superficie d’un acre peut vous coûter 10 000 $. Si vous ajoutez le prix d’une cueilleuse mécanique, qui peut atteindre 130 000 $ pour un modèle autotracté neuf, ainsi que les coûts d’installation d’une chaîne de nettoyage et d’une chambre froide, les coûts de démarrage peuvent être exorbitants.

Cela ne veut pas dire que les gens ne sont pas intéressés. M. Braaten reçoit constamment des appels de personnes qui ont entendu dire qu’il était possible d’obtenir des prix très élevés pour la camerise. Quant à lui, il vend les petits fruits congelés 13 30 $ la livre et a de la difficulté à en garder en stock. Il connaît un producteur qui a vendu toute sa production de la première année, soit 700 livres, à 16 $ la livre.

Mais quiconque rêve de devenir riche rapidement fait une erreur, dit il.

« Si vous me téléphonez, je vais vous vendre autant de plants que vous le souhaitez, dit-il. Mais si vous commencez dans ce secteur, je vous conseillerais d’être prudent, de commencer doucement et de bien vous informer. »

C’est la raison pour laquelle il est très élogieux à l’égard de LaHave Forests, particulièrement pour avoir mis la camerise entre les mains d’entrepreneurs intéressés à mettre au point des produits à valeur ajoutée et aussi pour avoir aider des petits producteurs à démarrer (en élaborant un plan pour l’établissement d’une coopérative dont les membres peuvent se partager les cueilleuses et les installations de congélation, et faire une mise en marché collective).

« C’est un modèle pour notre secteur, raconte M. Braaten. Lorsqu’il est question de promouvoir la camerise, personne ne leur arrive à la cheville. »

Depuis qu’il a approvisionné LaHave en plants pour leur première parcelle d’essai d’un acre, M. Braaten a conclu avec l’entreprise de la Nouvelle-Écosse une entente de distribution de ses plants de camerise dans l’Est du Canada. Le secteur a besoin de plus de producteurs, dit-il, mais ils doivent avoir la bonne mentalité.

« Chaque personne qui se lancera dans ce secteur sera différente », explique-t-il.

« J’ai grandi sur une ferme et j’ai pratiqué l’agriculture pendant de nombreuses années. Ce secteur est bien différent du genre d’agriculture auquel nous sommes habitués, c’est-à-dire celui où vous cultivez une plante annuelle et encaissez un revenu à la fin de l’année. Avec cette culture, vous allez devoir investir des sommes importantes avant d’encaisser un revenu. »

Et vous apprendrez au fur et à mesure, ajoute-t-il.

« Quiconque se lance dans la culture de la camerise est un innovateur. Personne n’est prêt à produire à plein régime; personne ne connaît le rendement d’un plant, le prix qu’il sera possible d’obtenir pour ce fruit et les marchés. L’avenir semble prometteur, certes, mais personne ne peut le garantir. »