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Justin Beck a un petit conseil pour les agriculteurs débutants : si vous voulez réussir sur la ferme familiale, éloignez-vous-en.

« Je conseille sans hésitation d’aller travailler ailleurs pendant un certain temps », explique le jeune homme âgé de 26 ans. « Premièrement, cette expérience vous aidera à déterminer si l’agriculture est vraiment ce que vous voulez faire. Deuxièmement, elle vous permettra de découvrir des techniques de gestion variées et de porter un regard extérieur sur votre ferme. »

Justin a toujours su qu’il voulait pratiquer l’agriculture. Il a été membre de nombreux organismes, dont les Clubs 4-H, le Forum des jeunes agriculteurs de la Nouvelle-Écosse et la Table pancanadienne de la relève agricole. Sa participation aux deux derniers organismes (dont il a assuré la présidence) l’a sensibilisé aux obstacles que doivent surmonter les nouveaux entrants. Dans une présentation donnée plus tôt cette année devant le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire, Justin a abordé divers sujets tels que les coûts élevés des terres et des équipements agricoles, l’accès au financement et la planification de la relève. Il a aussi indiqué que, de nos jours, les agriculteurs se devaient de pratiquer une agriculture intelligente et a recommandé de travailler sur une autre entreprise agricole pour accroître son niveau de compétence.

« Je suis allé travailler sur une autre exploitation agricole et ce fut ma meilleure expérience », a-t-il confié au Comité.

Justin Beck est chanceux que les circonstances lui aient donné ce petit coup de pouce au moment opportun.

« Lorsque j’ai obtenu mon diplôme universitaire, il n’y avait pas de place pour moi sur la ferme à moins de mettre à pied un employé. J’ai donc dû me chercher du travail ailleurs », raconte Justin, dont le père possède une exploitation de naissage-sevrage de 700 truies, près de North Kingston, dans la vallée de l’Annapolis.

Une connaissance de la famille a laissé entrevoir une possibilité du côté d’une entreprise de semences pédigrées, située à environ une heure de route. Lorsque Justin a rencontré le propriétaire de l’entreprise, les deux hommes ont échangé franchement.

« Le propriétaire a dressé le profil de la personne recherchée et je lui ai dit que la gestion m’intéressait et que je voulais acquérir des connaissances dans ce domaine; j’ai aussi mentionné que je ne cherchais pas un travail de journalier et il m’a indiqué que ce n’était pas le cas », raconte Justin.

Justin a été embauché et dirige maintenant Lyndhurst Farms, une exploitation céréalière de 1 400 acres consacrés à la culture du maïs, du soja et du blé qui possède aussi des installations d’entreposage et de séchage des céréales à forfait. Cette exploitation paraissait énorme aux yeux du jeune Justin puisque son père cultivait très peu des productions végétales dont il avait besoin; les semences et les récoltes étaient des tâches évaluées en nombre d’heures et non en nombre de semaines. Malgré la courbe d’apprentissage sur le plan de la production, Justin confie que c’est le style de gestion qui lui a donné une nouvelle vision de l’agriculture.

« Par exemple, à Lyndhurst Farms, aucun membre de la famille n’est directement engagé dans l’exploitation pour l’instant; nos réunions sont donc bien différentes de celles où l’on s’assoit autour de la table de la cuisine avec son père et sa mère », dit-il.

« Ces réunions m’ont fait prendre conscience que j’avais beaucoup à apprendre sur le plan de la communication, un point que j’ai déterminé comme étant une faiblesse. Travailler sur une autre ferme permet d’améliorer ce point parce que ce n’est pas comme traiter avec des membres de la famille. Améliorer mes aptitudes en communication et en gestion des ressources humaines est devenu ma priorité numéro un. En fait, je suis en train de lire Gérer le personnel d’une entreprise agricole publié par Gestion agricole du Canada. »

Justin, qui travaille aussi avec son père sur l’exploitation porcine, explique que les leçons qu’il a apprises à Lyndhurst Farms s’appliquent à la ferme familiale même s’il s’agit d’un secteur totalement différent.

« Au cours des dernières années, nous avons pris de l’expansion assez rapidement et, dans ce cas, tenir tout le monde au courant de ce qui se passe pose toujours un défi », explique Justin.

La stratégie de diversification de Lyndhurst Farms et la façon dont l’entreprise sait s’associer avec d’autres ont été une source d’inspiration précieuse pour Justin et son père qui s’affairent à mettre au point une stratégie de vente directe. (Actuellement, ils approvisionnent en porc quelques agriculteurs qui vendent le produit dans des marchés de producteurs et ils travaillent à l’élaboration d’un plan de vente directe aux consommateurs et aux détaillants.)

« C’est très intéressant de travailler sur une autre ferme et de voir comment elle gère ses affaires, dit-il. Ça permet de prendre du recul. Lorsque vous êtes constamment plongé dans votre activité, c’est difficile de voir ce qui se passe à l’extérieur. Mais lorsque vous en sortez, vous voyez les choses autrement. »

« Je me suis rendu compte que ça ressemblait beaucoup à l’université, où la moitié de la valeur de mon diplôme provenait des gens que j’ai rencontrés et des réseaux auxquels j’ai fait partie. »

Il ajoute que ces réseaux sont de plus en plus importants pour les jeunes agriculteurs.

« En agriculture de nos jours, vous ne pouvez pas vous permettre de faire beaucoup d’erreurs et, pour les éviter, c’est important de rencontrer des gens, d’échanger sur ce qu’ils ont dû traverser et de tirer des leçons de leur expérience », dit-il.

« Il y a la façon théorique de faire les choses, qui d’après moi fonctionne une fois sur quinze, et il y a la façon pratique. Apprendre des gens qui ont de l’expérience vous aidera, je l’espère, à limiter les erreurs. »

Bien qu’il soit possible de créer des réseaux et de trouver de nouvelles façons de faire, et de voir, les choses sans quitter la ferme familiale, c’est facile de s’endormir sur ses lauriers et de penser que notre façon de faire est la meilleure, ajoute-t-il. Travailler sur une autre exploitation vous permet d’être exposé à de nouvelles façons de penser, de découvrir vos forces et vos faiblesses et de connaître des gens vers qui vous tourner lorsque vous êtes confronté à un problème.

« Je vais le répéter parce que je crois qu’on ne le dira jamais assez : en agriculture de nos jours, vous ne pouvez pas vous permettre de faire beaucoup d’erreurs, à moins que vous ayez beaucoup d’argent à perdre sans que ça ne vous dérange », dit-il en riant.