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« J’ai adopté la gestion stratégique d’entreprise parce qu’elle me permet d’apprécier le temps que je passe au volant de mon tracteur et les soirées avec ma conjointe. »

En tant que jeune agriculteur, je dois énormément à mes mentors : mon père m’a toujours inspiré et encouragé et j’ai tiré des enseignements de l’expérience des nombreux conseillers agricoles que j’ai consultés.

J’ai également beaucoup appris en côtoyant mes pairs, particulièrement au cours des trois dernières années où j’ai animé une série d’ateliers sur les meilleures pratiques de gestion offerts par la Table pancanadienne de la relève agricole (TPRA), dont l’objectif est d’aider les jeunes agriculteurs à développer et à perfectionner leurs compétences professionnelles.

Les efforts déployés en ce sens sont réellement nécessaires en raison du transfert imminent de milliards de dollars d’actifs agricoles au cours de la prochaine décennie. L’ampleur de la question suscite des craintes chez bien des gens. Les décideurs, les prêteurs et les familles agricoles doivent se pencher sur cette question et commencer à avoir ce que la spécialiste en relève agricole Elaine Froese appelle des « conversations courageuses ».

À mon avis, il existe quatre éléments d’importance. Les jeunes agriculteurs doivent soit maîtriser ces éléments, soit engager des personnes compétentes et les intégrer dans la gestion quotidienne de leur ferme.

La planification stratégique

Premièrement, nous devons commencer à gérer en fonction des chiffres. Jetons un coup d’œil sur la course aux terres qui se déroule dans l’Ouest canadien : auparavant, les agriculteurs faisaient l’acquisition de un ou deux quarts de section à la fois, tandis qu’aujourd’hui, c’est à coup de 10 ou 12 à la fois. Lorsque vous faites des acquisitions de cette taille, vous devez prendre en considération non seulement le financement de ces terres mais aussi celui de toute une nouvelle panoplie d’équipement. Quel impact une expansion d’envergure a-t-elle sur vos fonds propres et sur le transfert de propriété à la génération qui suit? Planifier de façon stratégique c’est avoir une vision claire de l’endroit où vous voulez vous rendre et des moyens que vous allez prendre pour y parvenir.

Joas et Lisa van Oord sont excellents dans ce genre de planification. Ce couple énergique de Springfield, au Nouveau-Brunswick, possède un troupeau de 50 vaches laitières élevées dans une étable à stabulation libre efficace. Au lieu de construire une plus grande étable pour traire plus de vaches, ils ont choisi de produire plus de lait à partir de leurs ressources existantes. Ils remplissent un quota de près de 70 kilogrammes en trayant 49 vaches et continuent de consacrer du temps à l’établissement d’une gestion plus efficace et de plans pour l’avenir, des plans qui comprendront un système de traite robotisée et un système d’alimentation automatique. Les van Oord savent très bien partager le temps entre les tâches concrètes et la gestion de sorte qu’ils ne tombent pas dans le piège trop courant de travailler dans plutôt que sur l’entreprise.

Calculer le rendement net de chaque décision constitue le cœur de la gestion d’entreprise. Les jeunes agriculteurs doivent connaître les répercussions à long terme des décisions qu’ils prennent aujourd’hui. Concurrencer avec les voisins ou supposer que « plus gros » signifie « meilleur » est une erreur – la construction de bâtiments neufs, l’acquisition de tracteurs rutilants et de terres coûteuses doivent absolument être des décisions à long terme sensées sur le plan financier. Vous devez connaître parfaitement vos chiffres, élaborer des objectifs d’affaires stratégiques et gérer en fonction de ces objectifs.

La réunion de fonds propres et le transfert de propriété à long terme

Les jeunes agriculteurs ne peuvent pas s’attendre à ce que la majorité de leurs fonds propres proviennent des programmes destinés aux nouveaux entrants. Nous avons besoin de programmes qui encouragent davantage le transfert ou l’acquisition de fonds propres de la génération actuelle au fil du temps. Combiner l’aide financière publique et le transfert de fonds entre générations peut très bien fonctionner; en fait, ces deux modes de financement sont essentiels. Le problème réside dans le fait qu’on ne parle pas assez ou même pas du tout de la gestion à long terme des fonds propres de la ferme. Commencez à parler de l’importance du transfert des fonds propres pour appuyer la viabilité à long terme de la ferme et vous observerez que cette question devient de moins en moins difficile.

La communication efficace
La communication efficace n’est pas seulement essentielle à la planification stratégique et au transfert des actifs mais aussi à la gestion efficace. Ce n’est pas le genre de conversation que vous tenez en prenant un café dans le hangar à machinerie. Vous devez vous rencontrer régulièrement, chaque semaine ou toutes les deux semaines, et avoir une conversation structurée avec vos partenaires de gestion. Préparez un ordre du jour, discutez d’affaires, rédigez un compte rendu et tenez des conversations honnêtes et courageuses dans une atmosphère détendue et respectueuse. Lorsque des agriculteurs disent qu’ils n’ont pas de temps pour ce genre de rencontres, je réponds qu’ils ne peuvent tout simplement pas se permettre de NE PAS prendre le temps.

L’importance de la bonne communication ne s’arrête pas aux limites de la ferme, et les jeunes agriculteurs en sont conscients. Ils ont d’ailleurs tenu compte du conseil de Danny Klinefelter, professeur à l’Université Texas A&M, selon qui, « chacun a besoin du point de vue externe de personnes qu’il respecte. Les gestionnaires agricoles ont besoin de faire partie d’un groupe de pairs où ils se sentent à l’aise de lancer des idées, où ils peuvent baisser leur garde et faire part de leurs problèmes et de leurs préoccupations. »

Si vous n’avez pas de groupe de pairs avec qui discuter de vos objectifs stratégiques, formez-en un. Comme le disait à la sortie d’un atelier Becky Perry, qui exploite une ferme laitière avec son conjoint Dwayne et les parents de ce dernier à Sussex, au Nouveau-Brunswick : « La plus grande leçon que nous avons tirée de cet atelier a été de constater que nous n’étions pas les seuls à vivre ce genre de problèmes et qu’à partir de maintenant nous avions un réseau sur qui compter pour obtenir du soutien, de l’encouragement et des conseils. »

Je crois que nous devons considérer le voisin de l’autre côté de la clôture de bornage comme un partenaire et non comme un concurrent. Nos concurrents, c’est le reste du monde. Nous nous solidifions en tant qu’industrie lorsque nous nous appuyons, nous apprenons les uns des autres et nous nous encouragerons.

L’adoption de la technologie

La collecte et la gestion des données sont de plus en plus importantes pour suivre efficacement la rentabilité des entreprises agricoles individuelles, le comportement agronomique des cultures et le rendement du bétail. Le défi des jeunes agriculteurs sera de garder à jour leurs connaissances des systèmes de collecte de données et d’adopter des pratiques de gestion qui favorisent l’utilisation efficace de grands volumes de données.

Lors d’un récent atelier offert par la TPRA, Jamie Christie de Trochu, en Alberta, a expliqué de quelle façon il cherchait à utiliser des stratégies de contrôle du trafic de l’équipement sur sa ferme afin de minimiser le compactage du sol, d’améliorer la santé des sols et d’accroître le potentiel de rendement à long terme. Faire passer un semoir pneumatique de 60 pieds dans les mêmes traces chaque année ne représente pas le plus gros défi étant donné que la technologie existe. La collecte et la gestion des données sur les intrants et les rendements constituent le défi de taille. Le fait de ne pas avoir à garder les mains sur le volant de la machinerie permet au producteur d’avoir un quart de mille ou plus pour revoir ses plans, enregistrer ses données, examiner les moniteurs, réévaluer ses stratégies de gestion des zones, c’est-à-dire effectuer la gestion de données. N’oubliez pas que vous ne pouvez pas faire la gestion de ce que vous ne mesurez pas. Même si certains agriculteurs sont capables de retenir des dates, des variétés, des doses d’application, etc., la majorité d’entre nous ne peut pas le faire. Alors, prenez des notes ou assurez-vous que votre système de contrôle collecte ces données pour vous.

La clé consiste à développer des compétences pour tout gérer. Les exploitations agricoles d’élite en Amérique du Nord consacrent de 2 à 5 % de leur revenu brut à la recherche et au développement parce qu’elles ont compris que c’est la pierre angulaire de l’accroissement de la rentabilité. Voici un sujet de discussion pour votre prochaine réunion hebdomadaire : Quel genre de technologies et de pratiques de gestion innovatrices pourriez-vous mettre en place si vous investissiez de 2 à 5 % de votre revenu brut dans la recherche et le développement?

J’ai écrit cet article après une journée de 15 heures d’ensemencement. J’ai investi en semences cette année plus que je ne l’aurais jamais imaginé; parfois, c’est presque déconcertant. Je me remémore alors que tout a été prévu dans mon plan d’affaires et dans mes prévisions de mouvement de trésorerie. J’ai aussi souscrit une assurance récolte suffisante pour couvrir adéquatement mes risques. J’ai adopté la gestion stratégique d’entreprise parce qu’elle me permet d’apprécier le temps que je passe au volant de mon tracteur et les soirées avec ma conjointe. Combien vaut un peu moins de stress dans ma vie et l’appréciation du temps au volant de mon tracteur? Ça n’a pas de prix!

En plus de son entreprise d’experts-conseils en agriculture, Cedric MacLeod possède un élevage de bovins d’embouche (Local Valley Beef – www.localvalleybeef.ca) à Centreville, au Nouveau-Brunswick, et vend du bœuf et du poulet directement aux consommateurs locaux.