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BATTERSEA, ON  – Ian Stutt a dû attendre d’aller à l’université, où il a obtenu son diplôme en études de développement, avant de commencer à envisager une carrière en agriculture.

« J’ai grandi dans l’ouest de l’île de Montréal, dit-il, dans la banlieue de Beaconsfield; pas dans une région rurale. Mes grands-parents possédaient une exploitation agricole à Brome, au Québec, où ils faisaient l’élevage de bovins et de volailles ainsi que la culture de foin. J’y faisais souvent du jardinage avec ma mère. J’ai planté des arbres pendant un certain nombre d’années et j’ai travaillé dans une pépinière forestière. L’intérêt pour le travail en plein air et avec le sol a donc toujours été présent. »

« Ce ne fut par contre qu’à l’université que j’ai commencé à voir l’agriculture sous un angle plus intellectuel, prenant conscience de son importance et de sa pertinence pour tout le monde. J’ai ainsi pu voir un monde se former sous mes yeux alors que j’étudiais; un monde que je souhaitais connaître davantage et auquel je voulais participer. »

Il est ensuite allé travailler pour le Heirloom Seed Sanctuary à Kingston, en Ontario, où il a rencontré Carol et Robert Mouck. Ces derniers ont aidé à établir le sanctuaire en 1999, travaillant avec environ 400 variétés de légumes, de fleurs et d’herbes qu’ils avaient fait pousser et avaient conservées depuis 1974 sur Foxfire Farm à Nappanee, en Ontario.

Un poste était devenu disponible par rapport à la conservation de semences pour le jardinage. Ian a sauté sur l’occasion : il s’est engagé et a appris beaucoup de choses de la part du couple plus âgé et expérimenté. Il a travaillé avec eux jusqu’en 2004, s’occupant de la conservation de semences de légumes, d’herbes et de fleurs, tout en apprenant davantage sur la culture des légumes. Il a par la suite rencontré Megan Joslin, qui venait de lancer une exploitation agricole nommée Patchwork Gardens près de Battersea, à environ 20 minutes au nord de Kingston.

Ils se sont mariés et ont donné naissance à un garçon, Sam. Ian s’est engagé envers Patchwork Gardens en 2006 et lui et Megan travaillent aujourd’hui avec le copropriétaire, Eric Williams, son épouse, Julie, et leurs deux garçons, Liam et Colin. L’exploitation agricole est située sur la propriété d’Éric, grande de 120 acres, où lui et Julie habitent. Ian et Megan habitent à environ cinq kilomètres de là.

Certifié biologique

De la superficie totale, 12 acres sont réservés à la production de cultures biologiques certifiées. Environ le tiers des produits est destiné à leur système d’ASC (agriculture soutenue par la communauté). Un autre tiers va aux marchés fermiers de la région de Kingston, tandis que le tiers restant est livré aux restaurants et commerçants de la région comme Tara Natural Foods et Old Farm Fine Foods, pour n’en nommer que quelques-uns.

« Notre chiffre d’affaires s’améliore d’année en année, dit Ian. Je crois que la popularité est due à la fraîcheur, au goût et à la qualité d’un produit véritablement local ainsi qu’à l’identification facile que cela implique. Il y a une véritable connexion avec quelque chose d’unique, une histoire qui comporte l’enthousiasme d’avoir ces relations entre nous sur la ferme et avec d’autres entreprises. »

« Cette saison, Patchwork Gardens est maintenant exploitée à longueur d’année grâce à un système hivernal d’ASC en plus de livraisons hebdomadaires : 80 familles viennent ramasser des boîtes de légumes. Cela s’étire jusqu’au mois de mars, moment où on commence la prochaine saison. Tous nos produits sont plantés, cultivés et récoltés sur nos terres et nous commençons plusieurs de nos semences en serre. »

« Nous disposons également de certaines cultures, comme les tomates et le basilic, qui poussent dans les serres tout au long de la saison principale. Nous utilisons ces dernières pour conserver certaines cultures comme le chou fourrager et la bette à cardes, des légumes verts et des épinards que nous récoltons maintenant pour la prochaine livraison vers l’ASC. En plus de l’entreposage de légumes, nous avons récemment commencé à nous concentrer sur la culture de cultures racines tardives et sur l’amélioration de notre capacité d’entreposage sous froid afin de conserver ces produits tout au long de l’hiver. Tous nos produits sont certifiés par Ecocert Canada. »

Ecocert Canada a commencé ses activités en 1995, sous le nom de Garantie Bio. Les membres fondateurs, Jean Marc Aubé et France Gravel, du secteur biologique québécois, possédaient une expertise de haute qualité en matière de certification biologique.

« J’étais toujours très soucieux par rapport à la charge de travail, dit Ian. Je savais dès le départ que ce serait difficile, mais ce que j’ai trouvé et trouve toujours surprenant est l’enthousiasme et la passion des nouveaux agriculteurs qui sont attirés par le type de travail en cause. »

L’utilité des ateliers

« On remarque rapidement qu’il est nécessaire d’acquérir un savoir-faire sur la manière de diriger une entreprise et comment faire en sorte que celle-ci soit rentable et durable d’un point de vue financier, souligne Ian. C’était là le besoin le plus important. Le travail peut prendre le dessus sur vous : il n’y pas pas beaucoup de place pour quoi que ce soit d’autre, alors il est nécessaire de s’assurer que tout concorde à la fin. »

En plus du travail sur l’exploitation agricole, Ian souligne qu’ils réalisent tous la nécessité et l’utilité des ateliers, des séminaires, des cours et de l’éducation permanente afin de se garder à jour par rapport aux dernières tendances et aux demandes toujours changeantes de leur profession.

« Au cours des quatre ou cinq dernières années, il y a eu des séminaires sur la planification d’entreprise qui touchaient tout ce qui concerne les feuilles de calcul, la budgétisation et le flux monétaire, explique Ian.  Tous sont essentiels pour les nouveaux agriculteurs afin de les aider à planifier leur entreprise, surveiller le progrès au cours d’une saison et comprendre les coûts de production et la manière dont tout cela se reflète dans la fixation des prix. »

« Cela représente une série d’étapes nécessaires pour progresser et faire en sorte que votre entreprise demeure rentable au fil du temps. Des organismes comme la National Farmers Union, FarmStart, Cultivons Biologique Canada et Ecological Farmers of Ontario ont travaillé fort ensemble pour faire en sorte que ces programmes et ateliers soient disponibles pour les nouveaux agriculteurs. Sans eux, ce serait le fouillis ou le désordre. »

En ce qui concerne la question de savoir si l’agriculture est toujours une industrie valable pour les nouveaux agriculteurs, Ian module sa réponse en disant qu’il ne s’agit pas d’un oui absolu pour tous ceux qui décident qu’ils aimeraient devenir agriculteurs.

Le soutien familial

« Dans plusieurs cas, la réponse n’est pas oui, dit Ian. Il est nécessaire d’avoir une sorte de base solide durant les dix premières années. Quand je dis  »base », je veux dire un partenaire qui travaille à l’extérieur de l’exploitation agricole pour aider à supporter les coûts (Megan travaille trois ou quatre mois durant l’hiver chez Tara Natural Foods et Julie est infirmière), un soutien familial, ou même le fait de lancer une entreprise à partir d’une exploitation agricole déjà établie. Sans aucune de ces contributions, les chances de réussite sont assez faibles. »

« Nous avions un soutien familial étant donné que les terres provenaient de la famille d’Eric, ce qui était d’une importance capitale. Nous avons également à notre avantage un partenariat exceptionnel avec deux familles. C’est là notre plus grande force, étant donné que nous partageons entre nous l’ensemble des différents aspects de la gestion d’une exploitation agricole comme la production, la dotation de personnel, la commercialisation, le financement et la planification. »

« Bien souvent, on voit une seule famille où une ou deux personnes seulement tentent de s’adapter à toutes ces dimensions. Bien souvent, ça finit par être trop. Il faut un certain temps pour développer un système de confiance, mais nous avons une vision. Nous nous trouvons maintenant dans une meilleure position puisque nous sommes nombreux et que nous ne sommes pas individuellement débordés par quoi que ce soit. »

Du point de vue financier, Ian exprime sa reconnaissance envers Communities Future Development Corporation, qui leur a fourni deux prêts sans intérêts afin de les aider à développer l’infrastructure de leur exploitation. Cela mis à part, ils utilisent un pourcentage de leurs revenus annuels afin de compenser les dépenses engendrées par l’équipement.

« Il s’agit d’un grand défi pour les nouveaux agriculteurs, ajoute Ian. Même au moment où les revenus sont probablement à leur niveau le plus bas, il est nécessaire d’investir dans son infrastructure. On a besoin d’avoir une bonne idée de comment gérer cette situation et il n’est pas facile d’apprendre à faire cela, ni même de se le faire enseigner. Cela peut faire en sorte qu’une situation est une réussite ou une catastrophe; essentiellement, comment atteindre le nombre magique de la dixième année sans s’épuiser outre mesure. »

Se sentir plus confiant

« Je ne me suis jamais senti aussi confiant par rapport à mon entreprise. Il y a toujours quelques grandes questions relativement à l’orientation, mais nous nous sentons plus confiants de façon générale. L’entreprise entamera bientôt sa dixième saison. Je me suis joint à Patchwork Gardens durant sa deuxième année alors que certaines choses étaient déjà en place, comme les méthodes de production, les marchés et la réputation de la marque. C’est un peu moins chaotique aujourd’hui. »

Pour ce qui est des objectifs, Ian dit qu’il souhaite amener l’entreprise au stade où il serait possible de choisir de faire de l’agriculture à temps plein. Avec ce premier hiver où Ian n’a pas eu à trouver d’emploi à l’extérieur de l’exploitation agricole, celui-ci confie qu’il aimerait que cela devienne quelque chose d’habituel d’ici les deux prochaines années. Patchwork Gardens emploie actuellement de quatre à huit employés saisonniers.

« Pour moi, dit Ian, cet hiver était en quelque sorte un acte de foi, mais j’aimerais bien voir des possibilités d’emploi à longueur d’année sur l’exploitation agricole. S’il nous est possible de faire progresser l’entreprise de telle sorte qu’il nous est possible d’avoir un ou deux postes de disponibles à longueur d’année, cela constituerait un avantage de taille pour l’exploitation. Nous pourrions faire progresser les choses. »

« Pour ce qui est de l’idée que nos enfants prendront la relève… peut-être, un jour. Les enfants d’Eric et de Julie ont trois ans et un an respectivement, tandis que Sam est maintenant âgé de cinq ans. Ils apprennent tout en ayant du plaisir. Nous verrons s’ils souhaitent devenir des agriculteurs plus tard dans leur vie. »

« Nous travaillons actuellement sur le développement d’un système dynamique d’aliments produits localement. Il s’agit d’un des objectifs principaux de notre vision, alors nous tenons plusieurs ateliers sur les principes fondamentaux de la culture, de la transformation et de la préservation des aliments cultivés localement.  Nous encourageons nos clients à s’engager auprès de notre système d’ASC en travaillant et en apprenant dans les jardins avec nous chez un de nos membres et en prenant conscience de la manière dont leur nourriture est produite en venant visiter notre exploitation et participer à nos ateliers. C’est une aventure unique en son genre! »

Pour en apprendre davantage sur Patchwork Gardens, visitez http://www.patchworkgardens.ca/.