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Jennifer et Geoff Bishop visitaient le Canada’s Outdoor Farm Show (importante exposition extérieure de machinerie agricole au Canada) à l’automne 2010, lorsqu’ils ont aperçu un équipement d’extraction d’huile de soja.

« Au premier coup d’œil, je me suis posé quelques questions : Combien de tonnes par jour cet équipement peut-il traiter? Quelle quantité d’huile peut-il extraire? Quel est le prix de l’huile? », raconte Geoff.

« Aussitôt, je me suis mis à calculer et je me suis dit : Cet équipement va s’autofinancer avec tant de tonnes par année. Ensuite, vous faites un calcul mental rapide de la quantité de protéines que vous donnez à vos animaux par tête par jour. En l’espace de dix minutes, je pouvais dire si cet équipement allait fonctionner ou non pour notre exploitation. »

Geoff Bishop n’est pas un génie des mathématiques capable d’effectuer mentalement une analyse des coûts complète. En fait, plus tard, le producteur de lait de la Nouvelle Écosse a passé près de trois jours à calculer si la trituration du soja à la ferme, l’utilisation du tourteau pour nourrir son troupeau de 160 vaches Holstein et la vente de l’huile constituaient vraiment un projet sensé. Après tout, il y avait une foule de facteurs à prendre en considération : le coût des immobilisations (40 000 $ pour l’équipement d’extraction et 35 000 $ pour le matériel auxiliaire et de raccordement), l’entretien, les coûts de fonctionnement et la vente de la production excédentaire. Ce n’est qu’après avoir effectué ces calculs ainsi qu’une double vérification que Geoff a examiné la teneur en protéines de ses rations et comparé minutieusement les prix.

L’exercice en valait tout de même la peine. Le souhait des Bishop de bâtir un troupeau de qualité supérieure est étroitement lié à la mise en place d’un régime alimentaire de qualité supérieure, et Geoff est le genre de personne qui connaît ses coûts de production.

« N’importe quand, je peux vous dire avec exactitude combien nous coûte la production d’un litre de lait, dit-il. J’achète les aliments pour animaux à l’avance. Je peux donc vous dire aujourd’hui – pratiquement à la cenne près – le coût des aliments que nous avons achetés pour les six à dix prochains mois. »

Pendant qu’il raconte l’histoire de l’équipement d’extraction, Geoff mentionne que le calcul mental rapide qu’il a fait à l’exposition agricole est un exercice que « tout le monde fait ».

« Non, je ne crois pas, lance Jennifer. Je crois que c’est une compétence acquise. C’est comme n’importe quelle autre chose. Plus vous vous pratiquez, plus c’est facile. C’est mon opinion; je suis enseignante et c’est ma façon de voir les choses. »

À première vue, cela peut sembler banal, mais bien connaître leurs coûts demeure fondamental pour l’exécution de ce qui constitue, par définition, un plan d’affaires ambitieux pour Bishop Farms Ltd.

Geoff, âgé de 38 ans, représente la troisième génération d’exploitants de la ferme familiale située dans la vallée de l’Annapolis en Nouvelle-Écosse, une ferme qui a subi des changements considérables au cours de ses 42 années d’existence. Son grand-père est venu de l’Angleterre en 1969 pour commencer une nouvelle vie et a démarré sa ferme avec une seule vache laitière. Andy, le père de Geoff, a fait croître le troupeau, non enregistré, à 75 vaches Holstein. L’enregistrement du troupeau est d’ailleurs devenu un objectif que Geoff chérissait depuis l’adolescence après avoir travaillé pour un sélectionneur de race Holstein.

Jennifer, âgée de 36 ans, a grandi sur une ferme à l’Île-du-Prince-Édouard et a rencontré Geoff au collège. Geoff et Jennifer ont beaucoup voyagé avant de se marier et de s’établir sur la ferme familiale des Bishop (Geoff a travaillé en Nouvelle-Zélande et en Angleterre, et Jennifer a enseigné en Australie). Depuis, le rythme du changement s’intensifie.

Outre l’enregistrement du troupeau, l’amélioration génétique et l’obtention de quota (dont une partie est louée) en raison du troupeau élargi, les Bishop ont changé leur système d’alimentation à deux reprises et ont conçu et construit une nouvelle étable et une salle de traite pouvant accueillir 200 têtes. Tout comme dans le cas de l’équipement de trituration, mais à plus grande échelle, l’étable est un autre exemple de leur méthode de gestion.

Le tout a commencé par une recherche méticuleuse : Geoff assistait à des conférences et faisait des petits détours pour trouver des bâtiments à proximité. Ils ont examiné diverses options, modifiant certains éléments dans chacune d’elles avant d’arrêter leur choix sur un modèle hautement efficace sur le plan énergétique (une structure en toile dotée d’un éclairage naturel et de planchers chauffés par géothermie). Ils ont acheté une excavatrice et ont effectué eux-mêmes une grande partie des travaux de construction (avec l’aide de leurs trois employés à temps plein). L’excavatrice est maintenant offerte en location.

« Nous sommes très endettés, confie Geoff. Nous devons donc connaître nos coûts. Nous sommes constamment à la recherche d’idées innovatrices pour accroître notre efficacité. Ça ne me dérange pas de dépenser si je vois des avantages ou des retombées. »

Vous devez disposer de chiffres précis et être capable d’élaborer divers scénarios pour vraiment déterminer s’il est rentable ou non de construire un nouveau bâtiment, d’acheter une excavatrice ou de l’équipement de trituration ou d’installer un système de traite robotisé. L’année dernière, ils ont envisagé ce genre de système de traite, mais l’idée a été rejetée parce qu’il s’agissait d’un mauvais investissement pour eux.

« Nous examinons la possibilité d’acheter un pousseur d’aliments automatique, raconte Geoff. Vous savez, ces robots qui circulent dans les allées et qui poussent les aliments 24 heures sur 24. Ils coûtent 25 000 $. Des études ont d’ailleurs démontré que le fait de pousser les aliments de huit à dix fois par jour permettait d’augmenter l’ingestion de matière sèche par vache par jour, ce qui se traduisait par une augmentation de la production de lait de un à deux litres par vache par jour. »z

Malgré sa fascination des chiffres, Geoff rit lorsqu’on lui dit qu’il réveille le comptable en lui.

« Oh non, dit-il. Je ne ferais pas de comptabilité pour gagner ma vie. Je préfère travailler en plein air. La comptabilité et l’entrée de données, ce n’est pas pour moi. Par contre, j’aime établir le coût des choses. »

« Et comment! », s’exclame Jennifer.

« Au déjeuner et au dîner, son portable est toujours sur la table – tous les jours, dit-elle. C’est ce qu’il fait. Ce n’est donc pas comme s’il s’assoyait et négligeait son travail et les vaches. Il le fait pendant ses temps libres; c’est ce qu’il aime faire pendant ses temps libres. »

En réalité, les temps libres sont une denrée rare à Bishop Farms. En plus de leurs journées de travail bien remplies, ils ont quatre enfants âgés de trois à dix ans et sont des bénévoles actifs.

Jennifer s’occupe de la comptabilité, mais ils s’en remettent à leur comptable pour dresser le volet financier de leur plan d’affaires.

« Il nous prépare un plan qui s’étend sur cinq ans, explique-t-elle. Le plan dit : si votre situation ne change pas, voici où vous serez; si vous changez telle ou telle chose, voici ce qui pourrait arriver; voici pourquoi ce n’est pas recommandé d’aller dans cette direction. Nous avons donc une vue d’ensemble, mais aussi différents scénarios. »

Cet exercice a également encouragé le couple à chercher constamment des façons d’améliorer les chiffres de chaque scénario. L’achat de l’équipement de trituration et la location de l’excavatrice sont des exemples de décisions qui visaient à réduire les coûts tout en créant des sources de revenu additionnel. Cette logique a également incité Geoff à acheter une fourragère automotrice pour effectuer des travaux à forfait et à concevoir de l’équipement, comme une citerne à fumier liquide, qu’il vend à d’autres agriculteurs. Évidemment, avant chaque décision, le portable est mis à rude épreuve.

« Sur notre ferme, on ne cesse de calculer », ajoute Jennifer.

Essentiellement, les Bishop espèrent devenir maîtres-éleveurs – soit l’ambitieux objectif que Geoff avait imaginé à l’adolescence. Posséder le meilleur bâtiment et le meilleur système d’alimentation fait partie de cet objectif, ainsi que tout ce qui peut renforcer la situation financière de la ferme.

« C’est étrange comment ça fonctionne, conclut-il. Lorsque vous vous fixez un objectif et que vous l’atteignez, ça devient plus facile d’atteindre le suivant. »