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Vous pourriez dire que l’élevage de chèvres de Tobin Schlegel est une activité d’appoint, mais cela ne permettrait pas d’apprécier à sa juste valeur le rôle que cette activité a joué dans le développement de sa ferme ou de Tobin lui-même.

Le jeune homme de 29 ans peut maintenant raconter en rigolant que, lorsque lui et sa conjointe Erin ont fait leurs débuts en agriculture, « ils auraient probablement gagné plus d’argent en servant du café dans un Tim Hortons qu’en élevant des chèvres ».

« Mais les chèvres ont été ma première passion, explique Tobin. Sans les chèvres, il n’y aurait pas eu de volailles ni de porcs. »

Le représentant de la sixième génération d’agriculteurs de Tavistock, en Ontario, a débuté tôt dans le domaine de l’élevage. Il n’était qu’en cinquième année lorsqu’il a commencé à élever des dindes pendant l’été pour les vendre à l’Action de grâce. Après quelques temps, il souhaitait avoir une activité à l’année et ses recherches l’ont mené aux chèvres de boucherie.

« L’un des aspects qui m’ont attiré vers la chèvre de boucherie est le fait que, contrairement à l’émeu par exemple, la demande était forte et l’offre était insuffisante, explique-t-il. En 1996, j’ai commencé avec sept chevrettes croisées et pour mon anniversaire, mes parents m’ont offert un bouc. C’est comme ça que j’ai fait mes modestes débuts dans l’élevage des chèvres. »

Lorsqu’il s’est inscrit à l’Université de Guelph en 2001, le troupeau et les revenus avaient augmenté suffisamment pour lui permettre d’acheter une maison et de louer des chambres à des étudiants. Cet investissement et les capitaux propres de l’élevage (qui comptait maintenant 100 chevrettes) a permis au couple nouvellement marié de faire l’acquisition de la ferme de 106 acres des parents de Tobin en 2007, d’acheter des poussins de poulet de chair pour remplir le poulailler existant et de pratiquer l’agriculture à temps plein.

« Les chèvres ne représentent qu’une petite partie de notre chiffre d’affaires brut, mais elles ont joué un rôle important dans la constitution des fonds propres, fait observer Tobin. Les gens pourraient penser que les poulets font vivre les chèvres alors qu’en réalité ce sont les chèvres qui ont permis d’amasser les fonds propres nécessaires pour démarrer les autres activités. Elles ont fait plus que leur part. »

La vente de quelques chèvres reproductrices de race pure (devenue l’objectif de l’élevage) a permis de réunir une partie des fonds nécessaires pour que Tobin et un autre agriculteur fassent l’acquisition d’une porcherie d’engraissement de 3 600 têtes en 2011. Les chèvres génèrent actuellement environ 5 % du chiffre d’affaires.

Les chèvres ont aussi permis à Tobin de vérifier son sens de la gestion.

« Les chèvres ont la réputation de se contenter de peu de nourriture, souligne Tobin. C’est effectivement vrai, mais lorsque vous les élever dans un bâtiment et que vous voulez développer leur plein potentiel, ça peut être exigeant et coûteux. »

Tobin mentionne qu’il adore faire des calculs et qu’il en a fait énormément lorsqu’il tentait de trouver des façon d’augmenter le résultat net de l’élevage de chèvres, pour éventuellement décider de construire un nouveau bâtiment en 2009, de faire passer le troupeau de 100 à 300 chevrettes et d’adopter des rations totales mélangées, ce qui est très rare dans le secteur canadien de la chèvre de boucherie.

« Non seulement nous nourrissons plus de bêtes, mais nous faisons un meilleur travail tout en diminuant nos coûts. Et le temps que nous passons dans le bâtiment de 300 chevrettes est à peu près équivalent à celui que nous passions lorsque nous en avions une centaine. »

Tobin Schlegel a aussi accepté de consacrer du temps au développement du secteur, ce qui lui a rapporté d’autres bénéfices.

Âgé de 23 ans et fraîchement diplômé de l’université, il s’est joint à l’Ontario Goat Breeders’ Association (OGBA – association des reproducteurs de chèvres de l’Ontario) « parce que l’organisme recherchait des jeunes gens enthousiastes pour siéger au conseil d’administration ». L’organisme traversait une période difficile : le nombre de membres ne dépassait pas la centaine (alors que la province compte plus de 2 000 producteurs de chèvres), son budget était quasi inexistant et la division régnait au sein du groupe. Le secteur avait aussi un urgent besoin de leadership solide et solidaire, lui qui était aux prises avec une foule de problèmes, de la commercialisation à un manque de médicaments vétérinaires homologués au Canada.

En l’espace de trois ans, Tobin s’est retrouvé à la présidence, sachant parfaitement l’investissement de temps que ce poste exigeait. Son père Clare a aussi été très actif au sein de nombreux groupes, dont le Conseil canadien du porc pendant la pire crise que le secteur a connue.

« Quand j’étais jeune, il m’est arrivé de devoir passer du temps dans les bâtiments pour régler des problèmes parce que mon père absent, dit-il. J’étais donc au courant de cet aspect. Mais l’occasion s’est présentée, il y avait un besoin et je dois avouer que j’ai trouvé l’expérience assez gratifiante. Et une petite contribution peut faire du chemin. »

L’association des reproducteurs de chèvres a effectivement fait du chemin. Elle a changé d’appellation pour devenir Ontario Goat (ogba.ca) et tente maintenant de devenir une agence de commercialisation (pour le lait et la viande), et d’obtenir le droit de savoir qui élève des chèvres et de percevoir des prélèvements. Elle a conclu une alliance avec les producteurs de veaux et de lapins, a cherché énergiquement du financement à court terme afin d’embaucher du personnel partagé comprenant des professionnels pour travailler sur divers projets.

« Au bout du compte, le secteur va devoir financer ces projets et c’est la raison pour laquelle nous souhaitons percevoir des prélèvements. Mais vous devez d’abord montrer aux producteurs ce qu’il est possible d’accomplir en investissant dans la recherche et la commercialisation », dit-il.

« Rassembler les gens a constitué le plus gros défi. Lorsque le conseil d’administration d’un organisme à adhésion volontaire est composé de bénévoles, réussir à réunir du personnel professionnel pour faire avancer les choses est un tour de force. Nous sommes partis d’un budget de 30 000 $ pour en venir à réaliser des projets de plusieurs millions de dollars. »

Travailler au sein de l’organisme signifiait également passer du temps à l’extérieur de la ferme, et loin d’Erin et de leurs deux enfants âgés d’un et trois ans.

« Il n’y a pas que les réunions; il y a les coups de fil que vous donnez et le temps que vous passez à analyser divers problèmes et à tenter de trouver des solutions, dit-il. Il n’est pas exagéré de dire que cela peut représenter des centaines d’heures par année et que, bien entendu, c’est du temps que vous ne consacrez pas à la gestion de votre propre ferme. »

Malgré tout, cette expérience d’apprentissage lui a permis de devenir un meilleur gestionnaire.

« Cette expérience m’a amené à prendre conscience de mes forces et de mes faiblesses », dit-il.

« J’ai découvert l’importance de faire appel à des gens qui possèdent les compétences et les aptitudes que vous ne possédez pas. Trouver la bonne personne pour faire le travail est une compétence en soi et cette expérience m’a permis d’acquérir cette compétence. C’est également vrai en ce qui concerne les communications. Ce n’est pas toujours facile de s’exprimer clairement et de transmettre avec précision de l’information aux autres, mais c’est un aspect essentiel pour réussir en affaires. »

Trouver du temps pour s’engager dans un organisme est exigeant. Tobin Schlegel souligne qu’il a eu la chance de pouvoir compter sur l’aide de sa conjointe et de son père pendant son absence. Il recommande l’expérience à d’autres jeunes producteurs.

« La vie est un voyage. Sortir de la ferme pour participer à autre chose apporte une nouvelle signification au travail que l’on fait chez soi. Bien que l’expérience ait demandé beaucoup d’efforts et de temps, elle a aussi ouvert bien des portes. »

S’il y a une leçon à tirer de cette histoire, c’est de voir comment une petite entreprise peut prendre de l’expansion avec le temps.

« Le meilleur conseil que j’ai reçu quand j’étais jeune a été d’investir mon argent dans quelque chose qui allait rapporter et devenir un investissement », conclut-il.

« Je ne peux m’empêcher de secouer la tête lorsque je vois un jeune qui a un peu d’argent et qui s’en sert comme acompte pour acheter un luxueux camion. Moi aussi j’aime les beaux camions, mais il faut investir dans des choses qui vont rapporter. »