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Lorsque Johanne Cameron et Martin Brodeur-Choquette ont décidé de se lancer en agriculture, ils avaient un rêve, mais ne possédaient pas de terres, ni de bâtiments ni de machinerie.

« Lorsque nous nous sommes présentés à la banque, ils ont ri de nous », relate Johanne en souriant.

« Non seulement nous commencions à partir de zéro mais, dans notre région, le prix des terres est le plus élevé qui soit au Québec. À cette époque, le prix de l’acre atteignait 4 200 $, et la personne que nous avions rencontrée à la banque nous avait même conseillé de nous installer dans une autre région. Finalement, nous avions choisi de ne pas suivre son conseil. »

Aujourd’hui, Les Bergeries Marovine figurent parmi les exploitations ovines les plus novatrices et prospères au pays, une réalisation qui a valu à Johanne Cameron et à Martin Brodeur-Choquette d’être nommés colauréats de l’édition 2012 du concours des Jeunes agriculteurs d’élite du Canada. Leur troupeau de 650 brebis arrive au premier rang sur le plan de la fertilité (plus de 90 % d’entre elles sont saillies avec succès à chaque cycle), de la productivité (1,1 agneau par brebis supérieur à la moyenne provinciale) et de la génétique. Ils possèdent deux bergeries et en louent une troisième. Ils sont propriétaires de 40 % des 225 acres de terres agricoles de très grande qualité qu’ils utilisent à Saint-Charles-sur-Richelieu, située au nord-est de Montréal là où, en passant, le prix des terres a plus que doublé depuis leur première rencontre mémorable à la banque en 2004.

Comment y sont-ils parvenus?

« Je crois que passion est le terme nous décrit tous les deux, explique Johanne. Il convient toutefois de préciser que Martin a ses forces et que j’ai les miennes. »

La combinaison de ces forces a joué un rôle primordial pour ces deux personnes qui sont nées une génération trop tard pour hériter d’une ferme en exploitation.

« J’ai grandi près de la ferme de mon grand-père, mais il a vendu son troupeau laitier l’année où je suis née », raconte Johanne, âgée de 35 ans. « Ensuite, il a gardé des vaches de boucherie et des moutons et, quand j’étais jeune, je passais mon temps dans la grange. Il s’est débarrassé des animaux lorsque j’étais à l’université; j’étais très déçue. »

Mais elle n’était pas découragée. Tout en poursuivant sa maîtrise en production ovine, Johanne a constitué son propre troupeau, jusqu’à 25 têtes, qui comprenait un champion suprême et plusieurs grands champions.

Martin, âgé de 29 ans, s’était engagé sur une voie similaire, mais il se concentrait sur la taille de son troupeau. Il a grandi près de la ferme de sa grand-mère, mais le troupeau laitier et les terres ont été vendus avant sa naissance et le bâtiment était vide. Il aimait aussi les animaux. À l’adolescence, il a travaillé sur la ferme laitière d’un voisin et sur la ferme d’élevage de veaux de son oncle.

« Martin rêvait de posséder ses propres terres et sa propre ferme, raconte Johanne. Des agriculteurs lui avaient dit qu’il devrait compter sur l’élevage pour payer les terres et non sur les cultures. Aujourd’hui c’est différent, mais à l’époque on pensait de cette façon. »

Martin a fait l’acquisition de son premier couple de moutons à l’âge de 15 ans. À 20 ans, lorsqu’il a obtenu son diplôme d’études collégiales, son troupeau comptait 350 têtes.

« Il a dû travailler très fort. Il avait des moutons, mais pas de machinerie, fait observer Johanne. Par exemple, comme il n’avait pas de tracteur, il devait sortir le fumier de la bergerie avec une fourche à bêcher. »

Le dur labeur allait être une constante, particulièrement au début de la carrière agricole du couple. Après avoir obtenu son diplôme d’études supérieures, Johanne a travaillé au Centre d’expertise en production ovine du Québec et a fait la connaissance de Martin au cours de ses visites sur le terrain. À une certaine époque, leur troupeau était réparti sur des terres ou dans des bâtiments loués situés sur cinq fermes différentes. Comme le bureau de Johanne se trouvait à 300 kilomètres, cela signifiait qu’elle revenait à la maison les fins de semaine seulement.

Il y avait plus qu’une incroyable éthique du travail et qu’une immense passion en jeu. Johanne et Martin savaient que leurs chances de réussite étaient directement liées à leur marge de profit. Se situer dans la moyenne ne suffirait pas. Ils savaient également qu’ils possédaient des compétences et des connaissances complémentaires et que, s’ils les combinaient rapidement, ils seraient en mesure d’accroître considérablement les profits.

« Martin, c’est l’homme d’affaires, dit Johanne. Lorsque vous comprenez ce que cette tâche exige, vous saisissez tout le sens du mot. Il est toujours réaliste et dresse constamment des budgets. Mais lorsqu’il décèle une occasion, il ne craint pas d’investir et de prendre un risque calculé. »

« Quant à moi, mes points fort sont la génétique, la production et l’alimentation du troupeau. Je sais exactement le genre de génétique que nous voulons. J’ai cherché au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde. »

Pour Johanne et Martin, le tournant décisif allait survenir à la fin de l’hiver 2007, soit trois ans après leur entrée en agriculture. Ils avaient signé un contrat de location avec option d’achat avec un agriculteur de la région et avaient rénové la vieille étable à vaches laitières. Les rénovations avaient coûté assez cher puisque le couple recourt à la photopériode, c’est-à-dire qu’il utilise l’éclairage artificiel afin que les brebis demeurent en période de réceptivité à n’importe quel moment de l’année. (Les producteurs qui réussissent à approvisionner des agneaux pendant toute l’année reçoivent un prix plus élevé pour chaque animal.)

Les choses allaient bien, mais la situation financière des deux agriculteurs était tendue, lorsqu’une occasion inouïe s’est présentée un jour d’hiver, en février 2007.

« C’est le jour où j’ai trouvé la génétique que je cherchais, raconte Johanne. J’avais appris qu’un troupeau de 116 brebis de race Romanov était à vendre en Alberta. Nous savions que le troupeau allait se vendre rapidement. Nous avons donc pris une seule journée pour réfléchir et finalement décider de l’acheter, même si nos bergeries débordaient et que nous n’avions aucune place pour les garder. »

« Nous avons pris l’avion pour aller conclure l’achat et, pendant le vol, nous avons fait des calculs sur la productivité de ces brebis. Nous avons aussi déterminé le genre de bâtiment que nous devions louer et celui que nous devrions acheter. »

Les calculs étaient complexes. Contrairement à l’élevage de bovins ou de porcs, les moutons sont des animaux dont le cycle de reproduction est saisonnier et dont la fertilité est maximale lorsque les journées sont les plus courtes. Le système de contrôle photopériodique (qui nécessite un bâtiment réservé à la saillie) vise à déjouer ce cycle saisonnier, mais il n’est pas à toute épreuve. Le couple voulait pousser le taux de fertilité au-dessus de la barre du 90 % et la brebis de race Romanov, grâce à sa capacité d’accouplement hors saison élevée, allait les aider à atteindre cet objectif. De plus, les brebis Romanov donnent naissance à un nombre plus élevé d’agneaux et peuvent être accouplées plus souvent. Johanne devait estimer tous ces aspects et Martin devait, à partir de ces données, déterminer les coûts d’agrandissement de la bergerie, les coûts en aliments supplémentaires et d’autres coûts connexes ainsi qu’analyser les besoins de trésorerie.

« Je connais très bien la génétique et j’étais en mesure de calculer à quoi nous attendre en matière de productivité, explique Johanne. Mais je ne pourrai jamais préparer des budgets comme Martin le fait. Vous pouvez avoir un taux de production élevé sans que ce soit nécessairement efficace par rapport au coût. En travaillant ensemble, nous avons réussi à trouver le bon point : le taux de production optimal pour une rentabilité optimale. »

La décision audacieuse a donné de bons résultats et le fait d’avoir acquis 30 brebis Romanov pur sang a permis au couple de « changer complètement notre façon de produire », explique Johanne. À l’heure actuelle, Les Bergeries Marovine produisent de 1 300 à 1 500  agneaux par année. La plupart de la production est vendue par l’entremise de l’agence provinciale de commercialisation des ovins. Le couple vend également des sujets de pur sang et des sujets hybrides. Ils achètent à l’étranger de la semence de qualité supérieure pour améliorer la génétique de leur troupeau, qu’ils projettent d’augmenter à 800 brebis au cours de la prochaine année.

Comme d’habitude, ce sera un effort d’équipe.

« Si nous avions été chacun de notre côté, je ne crois pas que nous aurions réussi à faire ce que nous avons fait, conclut Johanne. Mais ensemble, nous avons parcouru beaucoup de chemin. »