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Sean McGrath a démarré son métier d’éleveur de bovins au moment où des conditions météorologiques lamentables sévissaient, et c’est à peu près le meilleur qui lui est arrivé pendant plusieurs années.

« Nous avons connu une sécheresse désastreuse en 2002 et, comme nous engraissons nos veaux pendant l’hiver, nous nous sommes trouvés à les vendre au moment où la crise de l’ESB a frappé en mai 2003 », se souvient l’éleveur âgé de 37 ans, établi à Vermilion, en Alberta.

« Il va sans dire que l’ESB a engendré beaucoup d’incertitude. Nous avons dû améliorer notre gestion du risque et refaire notre plan de commercialisation environ une dizaine de fois depuis. »

Ce fut une longue et pénible période pour le secteur de l’élevage bovin. Si vous cherchez des idées pour survivre aux périodes difficiles, il y a des leçons à tirer de l’expérience de Round Rock Ranching(roundrockranching.com), une ferme qui existe depuis six générations et que Sean exploite avec l’aide de sa conjointe Tanya et de ses parents Fred et Anne.

Certaines leçons sont évidentes : 80 % des 3 000 acres possédés et loués sont des pâturages naturels. En été, grâce à plus de trente ans de gestion intensive des pâturages en rotation, ils sont en aussi bon état qu’ils ne l’étaient lorsque son arrière-grand-père a reçu son lot de colonisation en 1906. À l’arrivée de l’hiver, alors que de nombreux producteurs ramènent leurs bovins dans des enclos pour les nourrir, les McGrath envoient les leurs dans les pâturages où ils se nourrissent d’abord de foin râtelé en tas (rake bunching) et plus tard de balles rondes (bale grazing). Lorsque Sean se rend dans les champs pour jeter un coup d’œil aux animaux et pour déplacer les clôtures électriques, il le fait à cheval. Ça aussi c’est une répercussion de l’ESB.

« Nous avons commencé à effectuer le râtelage en tas après avoir lu des articles scientifiques sur les résultats obtenus en Oregon, explique Sean. Ce fut la même chose pour le pâturage de balles rondes. Vous vous assoyez et vous faites le calcul. Cette pratique n’est pas encore courante dans notre région mais, pour nous, elle fonctionne. Elle nous permet d’économiser 15 000 $ par année. »

Les chevaux doivent aussi fournir des efforts pour gagner leur pain.

« Nous ne démarrons pas un tracteur à moins d’avoir une bonne raison, dit-il. Nous nous sommes réunis et nous avons fixé une cible, soit celle de ne pas dépenser plus de 5 000 $ par année en carburant diesel. Nous souhaitons d’ailleurs diminuer davantage ces coûts. Je ne sais pas comment encore, mais nous trouverons une façon. »

Ce dernier commentaire traduit ce qui se passe vraiment à Round Rock Ranching. Une approche des affaires efficace, c’est beaucoup plus que chercher quelques idées pour diminuer les coûts, fait observer Sean, généticien-conseil et chroniqueur occasionnel sur la gestion des entreprises.

« C’est possible de trouver des solutions faciles, dit-il. Par exemple, si vos coûts ont grimpé à 800 $ par vache par année, vous pouvez peut-être apporter des petits changements simples pour économiser quelques centaines de dollars supplémentaires. Mais une fois que vous avez diminué vos coûts, vous devez fournir un effort constant pour les maintenir à ce niveau, à cause de l’inflation, et pour les diminuer encore plus. »

Sean utilise ce qu’il appelle un « cadre décisionnel » pour susciter le changement. Bien qu’il dise en plaisantant qu’il « déteste la comptabilité », il fait un suivi serré de tous ses coûts et participe au programme provincial d’analyse comparative AgriProfit$ pour accroître la rentabilité. C’est la raison pour laquelle il sait combien il économise en gardant son troupeau de 200 têtes en pâturage hivernal de balles rondes. Et c’est aussi la raison pour laquelle il n’est pas encore convaincu de la valeur du pâturage de maïs.

« Le pâturage de maïs a rapporté un bénéfice net comparable à celui du pâturage d’andains, mais l’ensemencement des mêmes superficies était plus coûteux. Cette pratique a augmenté notre risque sans toutefois procurer suffisamment d’avantages. Je vais quand même répéter l’expérience l’an prochain. »

Leur approche aide d’autres façons. Prenons les économies de carburant. Lorsque la famille s’est fixé un objectif de 5 000 $ il y a dix ans, les dépenses en carburant s’élevaient à près de 1 000 $ par mois.

« Le fait de fixer une cible stimule votre créativité, explique Sean. Au début, nous nourrissions les animaux, nettoyions les corrals (parcs) et déplacions les balles. Plus tard, nous avons adopté le pâturage d’andains, le pâturage de balles rondes et, en 2002, nous sommes passés au pâturage hivernal. Maintenant, il arrive souvent que nous ne commencions le pâturage d’andains qu’à la fin de janvier. Certains producteurs ramènent leurs bovins dans les parcs en novembre ou en décembre tandis que nous envoyons les nôtres dans les champs pour qu’ils se nourrissent. »

Sean s’empresse d’ajouter que leur approche est taillée en fonction de leur exploitation et que si leur situation était différente, s’ils cultivaient des céréales par exemple, l’approche serait différente.

« Nous faisons tout simplement ce qui fonctionne pour nous », dit-il.

Il affirme catégoriquement que, même pendant les périodes difficiles, chercher à réduire les coûts ne suffit pas.

« Il ne faut pas oublier l’ajout de valeur, dit-il. Par exemple, deux semaines avant le sevrage, je donne des injections de rappel à tous mes veaux. Je vaccine donc mes veaux deux fois pendant la période d’allaitement. Il s’agit d’un coût supplémentaire que d’autres éleveurs n’ont pas à assumer, mais je suis convaincu que la vente de ces veaux rapportera plus. »

Il a aussi investi dans lui-même. En 2007, il s’est inscrit à programme de développement des compétences en gestion de plusieurs milliers de dollars et a ensuite travaillé de concert avec les membres de sa famille pour élaborer un plan d’affaires pour l’exploitation. Il aime aussi visiter les stands des foires commerciales pour découvrir les avantages des nouvelles technologies. La famille a d’ailleurs investi d’importantes sommes pour faire l’acquisition de clôtures électriques plus robustes, mais les représentants qui vantaient les pompes à l’eau alimentées à l’énergie solaire n’ont pas réussi à lui en vendre une. (Sean explique dans son site Web comment fabriquer une pompe portative à partir de vieilles pièces que l’on trouve sur la ferme et de quelques pièces bon marché.)

« Je serais probablement capable de fabriquer quelque chose pour 1 500 $, mais si j’ai besoin de quelque chose que je peux emporter et brancher, je serais peut-être prêt à payer 2 500 $ parce que la technologie et l’aspect pratique valent le millier de dollars supplémentaires, explique-t-il. Je dirais la même chose de l’achat d’un tracteur de 50 000 $ au lieu d’un de 20 000 $. C’est parfait à condition de comprendre pourquoi vous le faites et d’avoir une bonne raison de le faire. L’important, c’est de bien comprendre la décision que vous prenez. »

Et ne laissez pas un excès d’analyse vous paralyser, ajoute-t-il.

« Prenons la commercialisation. Vous pouvez vous asseoir et analyser la situation du dollar canadien, de l’économie américaine, du pétrole, etc., ou vous dire : Je vais vendre mes bovins. »

Dans ce cas, le fait de connaître vos coûts de production vous permet d’établir facilement un prix cible minimal. Certains objectifs seront peut-être plus difficiles à fixer, mais vous devez en avoir, conclut Sean.

« De nombreuses décisions de gestion sont ni noires ni blanches. Vous devez avoir une cible afin de déterminer où vous vous situez. »

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