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Est-ce que la demande en nourriture croît plus rapidement que l’offre?

Le mois de janvier 2011 a commencé avec des stocks mondiaux modestes et des prix de denrées à la hausse. La montée des prix était principalement causée par de sérieuses anomalies climatiques à travers le monde, réduisant le rendement et la qualité des cultures.  En ajoutant à cela une population mondiale croissante, un niveau de vie plus élevé et une demande croissante de produits de l’élevage qui nécessitent une production de céréales accrue, on peut en déduire que l’avenir des produits agricoles du Canada semble très prometteur.
Toutefois, le vieil adage « rien de tel que des prix élevés pour faire diminuer les prix élevés » aurait, semble-t-il, eu des répercussions sur l’équilibre de 2011. Le blé, par exemple, est une céréale facile à gérer et elle se cultive partout dans le monde. En fait, des agricultures plantent du blé quelque part sur la planète chaque semaine de l’année. Si les prix sont élevés en plein hiver au Canada, ceci incite à augmenter la plantation et l’utilisation de fertilisants dans les régions qui commencent à planter, comme l’Inde, la Chine et l’Australie.
De nombreux analystes de marchés prévoient une augmentation du prix des denrées à long terme. La croyance d’une rentabilité durable est fondée sur l’idée que la demande mondiale en nourriture surpassera la capacité d’approvisionnement vers le milieu du 21e siècle.
D’un autre côté, d’autres mettent en doute la prédiction d’une « pénurie alimentaire ». Plusieurs raisons expliquent qu’une minorité d’analystes estime que le monde ne sera pas confronté à une pénurie alimentaire et en revanche, ils sont optimistes quant à l’augmentation de l’offre et de l’approvisionnement alimentaire.
Premièrement, on doit considérer le prix réel du blé et du maïs canadien sur une période de 105 années (figure 1). Malgré certaines fluctuations annuelles du marché, le prix rectifié recule lentement. Compte tenu du potentiel de la technologie, de la recherche et de l’innovation du 21e siècle pour améliorer les rendements et augmenter la production, pourquoi cette tendance à long terme serait-elle inversée?
Deuxièmement, on doit considérer l’énorme quantité de denrées (céréales, légumes et fruits) perdues en raison de la mauvaise manutention après la récolte et du stockage inadéquat à travers le monde. Le reportage spécial de 2011 publié par The Economist sur l’alimentation du monde soutient que jusqu’à 50 % de la production alimentaire mondiale est perdue pour cause de détérioration, de dommages d’insectes, de stockage inadéquat et de transport inefficace. Bien que les pertes d’aliments ne puissent être complètement enrayées, diminuer de moitié la dégradation de ceux-ci et les pertes d’ici 2050 est considéré comme un objectif réaliste. Ceci représenterait environ 50 millions de tonnes de nourriture par année, correspondant à 25 % de la production actuelle.
Troisièmement, il existe d’importantes régions de terres agricoles de qualité qui sont actuellement sous-utilisées; certains lieux évidents comprennent des secteurs de la Russie, du Kazakhstan, de l’Ukraine et de l’Afrique. Le rapport du Royaume-Uni de 2011 sur les prévisions estime que l’application des connaissances, des techniques de gestion et de la technologie existantes pourrait augmenter les rendements de deux à trois fois en moyenne dans de nombreuses régions d’Afrique, et les doubler dans l’ancienne Fédération de Russie.
Le commerce alimentaire se déplace vers l’ancienne Union soviétique
En 2009 et 2010, le Département de l’agriculture des États-Unis (USDA) a entrepris une étude exhaustive sur le potentiel de production de céréales en Russie, au Kazakhstan et en Ukraine. Le rapport publié en juin 2010 prévoit que l’ensemble de la production de ces anciens territoires soviétiques contrôlera 37 % du marché d’exportation mondial d’ici 2019 en prenant des parts de marché surtout des États-Unis et quelques-unes du Canada. On y lit aussi que l’Australie conservera sûrement ses parts du marché mondial.
Ceci concorde avec d’autres rapports récents dénotant que la position du Canada comme exportateur agricole se détériore malgré une demande alimentaire croissante évidente. Le Canada détient en ce moment environ 13 % des parts de marché mondial du blé et 4 % pour celles des céréales fourragères; une baisse par rapport à 1995 où il détenait respectivement 22 % et 6,5 % des parts de marché.
Le potentiel de production de la Russie, du Kazakhstan et de l’Ukraine
À la suite du déclin de l’Union soviétique en 1991, le secteur agricole a subi une longue et grave récession jusqu’à la fin des années 1990.  Même avant la dissolution de l’Union soviétique, la production de céréales et d’autres cultures avait entamé sa chute en raison d’inefficacités. Cette chute s’est poursuivie jusqu’en 1999 et en 2000 à cause du manque de fertilisants et d’autres intrants, de mauvaises conditions climatiques et de rajustements considérables au cours de la période de transition.
Les chutes les plus remarquables sont survenues dans le secteur de l’élevage du bétail. Les agriculteurs ont diminué leurs avoirs en animaux en même temps que les prix des céréales fourragères et d’autres intrants augmentaient. Alors que le prix de la viande gonflait, le régime alimentaire des consommateurs changeait en comptant moins de viande et plus de féculents et de légumes. En revanche, la diminution de la demande aggravait le déclin de l’élevage de bétail.
Depuis l’an 2000, la restructuration économique et la reconstruction des infrastructures ont mené à une croissance rapide de la production de céréales, et la Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine sont devenus des forces du marché d’exportation. Toutefois, ces économies subissent des hauts et des bas considérables en raison des défis de gestion, plus particulièrement, de la culture de terres arides.
Le matériel de semis russe
L’ancienne Union soviétique a réintégré le marché d’exportation de céréales en 2006 et a atteint un haut niveau de production en 2008 et 2009. Ces années représentaient une période de prospérité alors que la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan figuraient parmi les douze exportateurs de blé les plus importants. Ensuite est survenue la période d’effondrement en 2010 dans un contexte de grande sécheresse qui accablait toute la steppe eurasienne et la Russie s’est donc retirée complètement du marché d’exportation.
La pluie est revenue sur la steppe en 2011 et le Kazakhstan, en particulier, a connu des rendements records de culture. Cependant, ces rendements records du blé représentent environ la moitié du rendement du blé de l’Ouest canadien qui, en 2011, produisait une moyenne de 40 boisseaux par acre dans les Prairies.
La steppe de l’Eurasie est constituée de riches sols chernozémiques très productifs, semblables aux meilleurs sols des Prairies canadiennes. Toutefois, la plus récente ère de glace n’a pas touché la steppe et n’a pas dénudé le sol de sa couche arable, ainsi, on retrouve sur la majeure partie de la steppe une couche arable de 12 à 18 pouces comparés à 4 à 6 pouces sur les Prairies. Au Kazakhstan, la terre est cultivée seulement depuis les années 1960 et le potentiel de rendement est égal ou supérieur à celui des sols de l’Ouest canadien. De plus, la grande fertilité naturelle des sols se traduit en une utilisation moindre de fertilisants pour atteindre des rendements semblables.
Les défis d’aujourd’hui pour les systèmes agricoles d’après l’Union soviétique
La Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine importent le meilleur équipement et la meilleure technologie pour l’agriculture en terres arides depuis un bon nombre d’années et ils continueront d’importer. Toutefois, la technologie ne remplace pas les compétences en gestion. La plupart des cultures de céréales sont encore effectuées en travaillant le sol de manière traditionnelle en appliquant la jachère d’été tous les trois ou quatre ans.
Bien que les systèmes de travaux minimaux du sol confèrent certains avantages, la plupart des exploitations agricoles commerciales emploient cette pratique traditionnelle parce que le gouvernement applique des mesures incitatives afin de maximiser les résultats à court terme. Les terres agricoles sont la propriété du gouvernement, ce qui impose une contrainte de gestion additionnelle et il n’y a aucune garantie que les agriculteurs progressistes pourront cultiver à long terme la terre améliorée et tirer profit de meilleures pratiques de gestion d’entreprise agricole. D’un autre côté, les tarifs de location de 1 $ à 2 $ l’hectare maintiennent les coûts de production inférieurs à ceux d’agriculteurs d’autres pays.
L’inconvénient majeur du travail traditionnel du sol réside dans l’incapacité de conserver l’humidité ou de gérer les précipitations limitées typiques de la culture de terres arides dans les prairies. C’est une des raisons principales pour laquelle les systèmes de production de la Russie et du Kazakhstan, en particulier, vivent des périodes d’emballement et d’effondrement. Lorsque la quantité de pluie est abondante, les rendements sont bons, peu importe la gestion. Dans le cas contraire, il n’y a pas suffisamment d’options de systèmes de gestion sophistiqués pour maintenir des rendements moyens.
La gestion agricole présente des effets résiduels du style soviétique se rapprochant d’une gestion descendante vers les agriculteurs qui attendent patiemment leurs instructions. Autrement dit, les initiatives personnelles et la multiplicité des tâches sont peu encouragées. Ceci est bien évident pendant les semis, alors que le conducteur de tracteur ne fait que conduire. Sa responsabilité consiste à mettre de l’essence dans le tracteur et à conduire droit, mais il n’est NI responsable de remplir les butoirs ou les semoirs pneumatiques de semences et de fertilisant, ni de leur débit, ni de la profondeur d’ensemencement. Par conséquent, les conducteurs ont tendance à semer à 6 à 8 mi/h, ce qui entraîne un mauvais emplacement des semences et une implantation indéterminée — la première étape pour obtenir des rendements élevés de façon constante.
Ce système de gestion descendante constitue la principale raison pour laquelle les rendements de cultures de céréales partout en ancienne Union soviétique sont à la moitié de ceux du Canada et de l’Australie. Ceci est en train de changer, toutefois, grâce à plusieurs mesures, y compris des ententes de partenariat de gestion avec les agriculteurs européens qui cherchent à effectuer des investissements dans la région lucrative de la steppe.
Revoir le modèle de votre entreprise
Tout annonce que la Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine dirigeront les marchés du blé commercial d’ici dix ans. Puisque leur climat est similaire à celui des Prairies canadiennes, il est certain que les rendements de canola, de lin et de légumineuses à grains s’amélioreront aussi à travers la steppe eurasienne en même temps que les systèmes de gestion deviendront meilleurs.
Les gestionnaires agricoles astucieux ne devraient pas se fier à la supposition qu’une pénurie alimentaire mondiale surviendra, que le prix des denrées augmentera à long terme ou que la profitabilité des produits agricoles ira en s’améliorant. Ils devraient continuer à innover et à rechercher des possibilités de commercialisation à valeur accrue, autres que la course « du producteur en vrac au plus bas prix » de céréales et de bétail.
On doit rappeler que l’agriculture canadienne dépend grandement du marché d’exportation et que la majorité de la production des Prairies est destinée aux marchés étrangers. Il n’y a pas beaucoup de solutions dans le marché national. Les régions productrices émergentes de l’AUS entourant la Mer Noire ont des coûts de production moindres (coûts des fertilisants et des terres) et elles sont situées plus près des ports douaniers.
Les agriculteurs prospères réviseront attentivement leur modèle d’entreprise, peut-être en étudiant d’autres marchés qui visent les besoins spécialisés de fins consommateurs d’une classe moyenne grandissante.  Ces agriculteurs doivent être bien formés, gérer leur exploitation de manière astucieuse et comprendre les principes de mise en marché afin d’obtenir une plus grande part du dollar du consommateur.